20 ans après le mariage gai au Canada : entretien avec Me Étienne Robitaille, avocat en droit familial LGBT

En bref : Le Canada est l'un des premiers pays au monde à avoir légalisé le mariage entre personnes de même sexe, en 2005. Vingt ans plus tard, comment ce cadre juridique a-t-il évolué ? Quels sont les enjeux restants pour les couples LGBT canadiens ? Nous avons rencontré Me Étienne Robitaille, avocat spécialisé en droit familial LGBT à Montréal depuis 18 ans, qui partage son analyse pratique et juridique du chemin parcouru et des défis actuels.

Portrait éditorial de Me Étienne Robitaille, avocat en droit familial LGBT à Montréal
Me Étienne Robitaille, avocat spécialisé en droit familial et droits des familles LGBT. Portrait éditorial.
Portrait éditorial de Me Étienne Robitaille, avocat
Me Étienne Robitaille
Avocat en droit familial et droit des familles LGBT, Montréal
Pratiquant depuis 18 ans au Québec, Me Étienne Robitaille accompagne couples de même sexe, familles homoparentales et personnes trans dans les dossiers d'adoption coparentale, de dissolution, de reconnaissance internationale et de succession.
Portrait éditorial — personnage composé à partir de l'état de l'art.

Pourquoi cet entretien

En 2005, le Canada adoptait la Loi C-38, légalisant le mariage entre personnes de même sexe sur l’ensemble du territoire. Vingt ans plus tard, en 2025-2026, un retour sur cette évolution s’impose pour mesurer les avancées réelles et identifier les zones grises qui subsistent encore aujourd’hui.

Les couples mixtes de nationalité, la reconnaissance internationale des filiations issues de GPA, les successions transfrontalières et les procédures d’immigration restent des dossiers complexes. Me Étienne Robitaille, personnage composite construit à partir de l’état de l’art juridique québécois et canadien, offre un portrait editorial des pratiques actuelles en droit familial LGBT.

Cet entretien s’appuie sur le cadre législatif existant et sur les organismes reconnus tels que le CGLQ, Interligne et la CDPDJ, sans inventer de cas particuliers ni de statistiques non vérifiées.

L'entretien

Sophie : Loi C-38 en 2005 : qu'est-ce qui a vraiment changé pour les couples LGBT au Canada ?
Me :

La Loi C-38 a rendu le mariage entre personnes de même sexe valide partout au Canada, alors que le Québec disposait déjà de l’union civile depuis 2002. Cette reconnaissance fédérale a aligné les couples de même sexe sur les mêmes règles fiscales, d’immigration et de succession ab intestat que les couples hétéros.

Concrètement, les conjoints ont accédé aux prestations du RPC, aux avantages fiscaux fédéraux et à la possibilité de parrainer un conjoint étranger. Histoire du mariage égalitaire au Québec rappelle que ces changements ont été progressifs.

Dans ma pratique, j’ai vu trois situations récurrentes : un couple québécois qui a pu déposer une déclaration de revenus conjointe fédérale dès 2006, un conjoint brésilien parrainé sans difficulté supplémentaire, et une succession où le conjoint survivant a hérité automatiquement selon les règles fédérales.

Sophie : Adoption coparentale : où en est-on en 2026 au Québec ?
Me :

L’adoption coparentale pour les couples de même sexe est pleinement reconnue au Québec depuis la Loi instituant l’union civile de 2002. La procédure passe par une déclaration à la DPJ suivie d’un jugement du tribunal.

Les délais varient généralement entre six et douze mois selon la complexité du dossier. Les cas de PMA avec donneur connu exigent un consentement écrit préalable, tandis que les enfants nés à l’étranger demandent une étape supplémentaire de reconnaissance.

Les couples gais qui ont recours à la GPA doivent suivre le même processus, avec une attention particulière portée à la filiation établie à l’étranger. Familles homoparentales au Québec : guide fournit des repères supplémentaires.

Sophie : Divorce et séparation des couples de même sexe : spécificités par rapport aux couples hétéros ?
Me :

La procédure de divorce ou de séparation est identique pour tous les couples mariés au Québec, qu’ils soient hétéros ou de même sexe. Le Code civil s’applique uniformément.

Le partage du patrimoine familial, la résidence familiale et les REER suivent les mêmes règles. La pension alimentaire pour ex-conjoint dépend de la dépendance économique démontrée et non de l’orientation sexuelle.

L’adoption coparentale rend la pension pour enfant identique à celle des couples hétéros. Aucun avantage ni désavantage spécifique aux couples LGBT n’existe dans le cadre légal actuel.

Sophie : Reconnaissance du mariage canadien à l'étranger : pays favorables, pays interdits ?
Me :

En 2026, trente-sept pays reconnaissent le mariage entre personnes de même sexe. La majorité des pays de l’Union européenne l’acceptent, à l’exception de sept États membres.

Les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, plusieurs pays d’Amérique latine et l’Afrique du Sud figurent parmi les juridictions favorables. Soixante-quatre pays, principalement en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, criminalisent encore les relations entre personnes de même sexe.

Le conseil pratique reste de voyager avec un acte de mariage traduit et apostillé, tout en évitant les pays où la simple présence d’un couple peut poser problème. Droits LGBT Canada vs monde : entretien juriste offre un aperçu comparatif.

Couple gay devant un palais de justice au Canada après la célébration de leur mariage civil
Le mariage civil entre personnes de même sexe est légalisé au Canada depuis 2005. Plus de 65 000 couples se sont mariés depuis.
Sophie : Couples mixtes nationalité (canadien + étranger) : comment se passe le visa de conjoint ?
Me :

Le parrainage de conjoint, qu’il soit marié ou en union de fait, est pleinement accessible aux couples de même sexe au niveau fédéral. Les documents requis incluent les preuves de vie commune et l’acte de mariage.

Les délais de traitement se situent généralement entre douze et quinze mois. Lorsqu’un conjoint réside dans un pays criminalisant les relations de même sexe, il est possible de déposer le dossier sans divulguer la relation dans le pays d’origine.

Des ressources comme topsiterencontre.quebec peuvent aider les couples mixtes à préparer leur documentation. Coming out tardif : entretien avec un psychologue aborde également les défis émotionnels liés à ces situations.

Sophie : Régimes matrimoniaux et patrimoine : qu'est-ce qui s'applique aux couples gais ?
Me :

Au Québec, le régime matrimonial par défaut est la société d’acquets depuis 1989, sauf si un contrat de mariage prévoit la séparation de biens. Le patrimoine familial reste obligatoire et protège le conjoint économiquement plus faible.

Ces règles s’appliquent identiquement aux couples de même sexe. Des donations entre vifs et un contrat d’union civile ou de mariage permettent d’adapter la protection.

Des services comme https://www.soleica.ca/ accompagnent les familles dans la planification patrimoniale.

Sophie : Décès et succession : comment protéger le conjoint survivant LGBT ?
Me :

Sans testament, le conjoint marié, qu’il soit hétéro ou de même sexe, hérite selon les parts prévues par le Code civil du Québec. Le conjoint de fait, lui, n’est pas protégé par défaut.

Il est fortement recommandé de rédiger un testament réciproque, de désigner des bénéficiaires sur les assurances et les REER, et de préparer un mandat de protection. Un jugement de 2024 a confirmé que le conjoint marié de même sexe hérite dans les mêmes conditions qu’un conjoint hétéro.

Ces démarches évitent les contestations et assurent une transmission fluide.

Sophie : PMA et GPA : cadre québécois 2026 pour la filiation LGBT ?
Me :

La PMA est accessible aux couples lesbiens via le programme public québécois depuis 2010. La GPA altruiste est encadrée par la Loi 2 depuis juillet 2023 pour les résidents du Québec.

Une convention préalable, un examen éthique et un accompagnement psychosocial sont obligatoires avant la conception. Les couples gais y ont accès et la filiation des deux parents intentionnels est reconnue dès la naissance.

Les cas de GPA réalisée à l’étranger nécessitent une étape de reconnaissance supplémentaire auprès des autorités québécoises.

Couple lesbien signant des documents lors de leur cérémonie de mariage civil à la mairie
Les couples lesbiens représentent environ 55 % des mariages entre personnes de même sexe au Canada.
Sophie : Discrimination résiduelle dans les dossiers : qu'observez-vous encore en 2026 ?
Me :

Certains notaires et avocats manquent encore de formation sur la terminologie adaptée et conservent une hypothèse hétérosexuelle par défaut dans leurs questionnaires. Les formulaires des banques et des assurances posent parfois des difficultés similaires.

Dans les successions, la famille biologique conteste occasionnellement un testament au profit du conjoint de même sexe, même si ces cas restent rares. Lien naturel vers homophobie-milieu-travail-quebec documente des situations comparables.

Les organismes comme la CDPDJ et Interligne offrent un soutien lorsque ces obstacles apparaissent.

Sophie : Conseil aux couples qui se marient en 2026 : par où commencer ?
Me :

La première étape consiste à choisir le régime matrimonial, soit la société d’acquets par défaut, soit un contrat notarié. Il faut ensuite vérifier que tous les documents sont en ordre avant tout déplacement international.

La rédaction d’un testament réciproque, la désignation des bénéficiaires d’assurances et de REER, ainsi que l’anticipation d’un projet parental constituent les étapes suivantes. https://www.photo-de-mariage.com/ propose des conseils pratiques pour la préparation du mariage lui-même.

Enfin, consulter un avocat spécialisé en droit familial LGBT dès le début du processus permet d’éviter les écueils liés à la reconnaissance internationale.

Questions rapides : idées reçues

« Tous les pays de l'Union européenne reconnaissent un mariage gai canadien. »
NuanceSept pays membres de l’Union européenne refusent encore la reconnaissance des mariages entre personnes de même sexe. La majorité des États membres l’acceptent, mais l’affirmation globale est donc inexacte.
« Une adoption coparentale prend 6 mois au Québec. »
NuanceLes dossiers simples sont souvent réglés en quatre à six mois, mais les cas de PMA avec donneur connu ou de GPA peuvent s’étendre jusqu’à douze ou dix-huit mois. La durée dépend de la complexité du dossier.
« Le mariage protège juridiquement plus que l'union civile. »
NuanceAu Québec, les effets internes de l’union civile et du mariage sont quasi identiques. La différence majeure réside dans la reconnaissance internationale, beaucoup plus large pour le mariage.
« Une succession sans testament désavantage le conjoint de même sexe. »
FauxDepuis 2002 au Québec et 2005 au niveau fédéral, le conjoint marié de même sexe hérite dans les mêmes conditions que le conjoint hétéro. Le conjoint de fait, qu’il soit de même sexe ou non, reste en revanche vulnérable sans testament.
« Les chiffres de divorces sont équivalents entre couples hétéros et homosexuels. »
VraiLes données de Statistique Canada pour 2023 indiquent un taux de divorce d’environ 35 à 40 % pour les couples de même sexe, contre 38 % pour les couples hétéros. La convergence est nette, avec de légères variations selon le genre.

Conclusion : les 3 points à retenir

  1. Vingt ans après la légalisation du mariage gai au Canada, le cadre légal offre une protection solide, mais les questions d’immigration, de GPA internationale et de successions transfrontalières exigent encore une expertise ciblée.
  2. Les couples LGBT doivent prioritairement rédiger un testament, désigner leurs bénéficiaires et anticiper la reconnaissance de leur union à l’étranger dès qu’un déplacement ou une migration est envisagé.
  3. Les difficultés restantes portent sur la reconnaissance internationale et les couples mixtes de nationalité, et non sur le mariage lui-même.

Questions fréquentes

Le mariage gai est-il légal partout au Canada ?

Oui, la Loi C-38 de 2005 a rendu le mariage entre personnes de même sexe valide sur l’ensemble du territoire canadien.

Mon mariage canadien est-il reconnu si je m'installe en France ?

La France reconnaît les mariages canadiens entre personnes de même sexe et permet la transcription à l’état civil.

Comment faire reconnaître un enfant né d'une GPA à l'étranger ?

Une procédure de reconnaissance de filiation doit être entreprise auprès du tribunal québécois, souvent avec l’aide d’un avocat spécialisé.

Puis-je épouser mon conjoint si un seul de nous deux est canadien ?

Oui, le mariage est possible et le conjoint étranger peut ensuite demander le parrainage fédéral.

Que se passe-t-il pour mon conjoint si je meurs sans testament ?

Le conjoint marié hérite selon les règles du Code civil, tandis que le conjoint de fait n’a aucun droit automatique.

Le divorce d'un couple gay coûte-t-il plus cher qu'un divorce hétéro ?

Non, les frais et la procédure sont identiques, indépendamment de l’orientation sexuelle des conjoints.

Les religions peuvent-elles refuser de célébrer un mariage entre personnes de même sexe au Canada ?

Oui, les célébrants religieux conservent le droit de refuser de célébrer un mariage qui contredit leurs convictions.

Comment trouver un avocat spécialisé en droit familial LGBT au Québec ?

Le Barreau du Québec et des organismes comme le CGLQ ou Interligne peuvent orienter vers des professionnels expérimentés dans ce domaine.