Militantisme LGBTQ+ au Québec : entretien avec Marc-André Lévesque, 40 ans de luttes
En bref : Comment vit-on quarante ans de militantisme LGBTQ+ de l'intérieur ? Du choc de la descente Truxx aux nuits d'hôpital de la crise du sida, des batailles légales pour le mariage aux combats trans contemporains, Marc-André Lévesque revient sur cinq décennies de mobilisation. Un témoignage de terrain qui complète le regard universitaire et éclaire la transmission entre générations.
Pourquoi cet entretien
L'histoire du mouvement LGBTQ+ québécois s'écrit aussi de l'intérieur, dans la durée d'une vie militante. Après avoir publié un entretien avec une chercheuse universitaire sur les cinquante années de mobilisation collective, la rédaction a souhaité donner la parole à une figure de terrain : un militant qui a tenu des permanences téléphoniques en pleine crise du sida, qui a marché aux premières Fiertés sous les insultes, qui a vu naître la Coalition gaie et lesbienne du Québec et accompagné les batailles juridiques jusqu'au mariage de 2002.
Marc-André Lévesque, 64 ans, a accepté de revenir sur quarante années d'engagement. L'entretien qui suit constitue un portrait éditorial : Marc-André Lévesque est un personnage composé, construit à partir de témoignages militants documents et publiés. Il n'incarne aucune personne réelle, mais une mémoire collective. Son point de vue complète le regard académique : non plus l'analyse des structures, mais le vécu d'une mobilisation, ses doutes, ses colères et ses fragilités.
L'entretien
Sophie : Comment êtes-vous entré dans le militantisme LGBTQ+ au Québec ?
Marc-André :Par accident, comme beaucoup de militants de ma génération. En 1985, j'avais 23 ans, je venais d'arriver à Montréal depuis le Saguenay. La descente Truxx, c'était huit ans plus tôt, je l'avais lue dans les journaux sans bien comprendre. Mais en 1985, le sida commençait à emporter mes amis. Un soir, dans un appartement du Plateau, on a parlé de mettre sur pied un réseau de soutien. Le lendemain, j'étais militant.
Ce qui me frappe avec le recul, c'est qu'on n'a jamais décidé de devenir militant. Les circonstances l'imposaient. Soit on tendait la main à ceux qui mouraient, soit on regardait ailleurs. Il n'y avait pas d'entre-deux. Cette génération s'est forgée dans l'urgence, et ça a créé un type d'engagement très spécifique — viscral, pas théorique. On apprenait sur le tas.
Pour comprendre ce contexte, je recommande aux jeunes générations de lire l'entretien que vous avez publié avec une chercheuse en études de genre : l'histoire du mouvement LGBT au Québec y est retracée de manière plus systématique. Mon témoignage le complète par l'intérieur, mais ne le remplace pas.
Sophie : Comment situeriez-vous la naissance du mouvement LGBT québécois — les années 70-80 ?
Marc-André :Le Front de libération homosexuel en 1971, c'est l'acte fondateur officiel. Mais quand on parle aux militants de cette époque, ils racontent souvent autre chose : des réseaux d'entraide informels, des bars qui servaient d'espaces de socialisation politique avant la lettre, des appartements transformés en lieux de discussion. La politisation est venue du quotidien, pas d'une avant-garde théorique.
Les années 70 ont été les années des premières publications, des premières manifestations. Le Berdache, Sortie, Le Treize, ces magazines circulaient sous le manteau, parfois imprimés à quelques centaines d'exemplaires. La descente Truxx en octobre 1977, c'est le moment où tout bascule. 145 personnes arrêtées en une seule rafle. Le lendemain, 2 000 manifestants dans la rue Sainte-Catherine. C'est l'équivalent québécois de Stonewall, oui.
Mais attention à la réécriture héroïque. Beaucoup des militants de cette époque vivaient cachés, perdaient leur emploi, leur logement, leur famille. La légende militante des années 70 oublie souvent les fragilités — les amitiés brisées, les aliénations psychiques, les divisions intérieures du mouvement.
Sophie : Vous avez vécu la crise du sida. Comment a-t-elle transformé le militantisme ?
Marc-André :Elle nous a obligés à devenir compétents. Avant le sida, le militantisme était largement contestataire. Avec le sida, il a fallu apprendre la pharmacologie, le droit hospitalier, la com mun ication avec les médecins, la gestion de fin de vie. On est devenus, malgré nous, des techniciens de la médecine et du social. ACT MTL, le COCQ-SIDA, Séro Zéro : ces organismes sont nés parce qu'on n'avait personne pour le faire à notre place.
Et puis il y a eu les morts. J'ai accompagné une trentaine d'amis à l'hôpital entre 1986 et 1996. Trente, peut-être quarante. On ne comptait plus. On allait aux funérailles le week-end, parfois deux le même dimanche. Dans le mouvement, on parle peu de ce que ça fait psychiquement. Beaucoup de militants de ma génération ont développé ce qu'on appelle aujourd'hui le syndrome de stress post-traumatique sans le savoir. Des amis ont sombré dans la dépression, d'autres dans la consommation. Si je peux donner un conseil aux militants d'aujourd'hui, c'est de prendre au sérieux la santé mentale militante — il existe des ressources comme le suivi de l'épuisement engagé qui n'existaient pas dans les années 80 et qui auraient sauvé des vies.
Paradoxalement, la crise du sida a aussi consolidé le mouvement. Elle a forcé la professionnalisation : il fallait dialoguer avec les autorités, négocier des budgets, écrire des mémoires gouvernementaux. La Coalition gaie et lesbienne du Québec, fondée en 1992, est née de cette nécessité structurelle.
Sophie : Les premières lois antidiscrimination, la Charte 1977, le mariage 2002-2005 : quel a été votre vécu de l'intérieur ?
Marc-André :La Charte de 1977, je l'ai connue par les récits des aînés. Quand je suis arrivé dans le mouvement en 1985, c'était déjà un acquis fondamental, qu'on considérait comme l'arme juridique de base. On y revenait constamment dans les mémoires, dans les batailles avec les employeurs, dans les recours en discrimination.
Le mariage, c'est différent. J'ai vécu la bataille de l'union civile en 2001-2002 de l'intérieur. Je me souviens des nuits où on rédigeait des mémoires, des journées à l'Assemblée nationale, des débats internes au mouvement — parce qu'il faut le dire, certaines lesbiennes radicales et certains gais anti-institutionnels étaient hostiles au mariage. Le mariage, pour eux, c'était l'institution patriarcale par excellence. On a discuté pendant des années. Finalement, le pragmatisme l'a emporté : sans reconnaissance légale, les conjoints survivants n'héritaient de rien.
Le 24 juin 2002, le jour de la promulgation de la Loi instituant l'union civile, j'étais dans la rue avec des centaines de couples. Beaucoup pleuraient. C'était une victoire concrète, palpable. Pour comprendre l'importance symbolique de ce moment, je renvoie au dossier de fond : l'histoire du mariage égalitaire au Québec. C'est aussi pour cette raison que beaucoup de couples LGBT qui se marient aujourd'hui choisissent une cérémonie soignée — pour matrialiser cette victoire collective. Des références photographiques utiles existent côté photographie de mariage entre couples de même sexe, qui documentent cette esthétique spécifique apparue depuis 2002.
Sophie : Comment le militantisme s'est-il transformé avec l'arrivée des enjeux trans dans les années 2010 ?
Marc-André :Profondément, et pas sans douleur. Soyons honnêtes : ma génération n'était pas prête. On avait construit un mouvement gai et lesbien dans les années 70-80, on avait intégré les bisexuels dans les années 90, mais les questions trans nous étaient largement étrangères. Quand les premières revendications trans sont arrivées au cur du débat, dans les années 2010, il y a eu des résistances. Y compris de ma part, je dois l'admettre.
Ce qui m'a fait changer, c'est la rencontre avec des jeunes militants trans. Ils nous expliquaient qu'ils vécu, dans les années 2010, exactement ce que les gais avaient vécu dans les années 70 : pathologisation médicale, discrimination à l'emploi, violence familiale, suicidalité massive. La continuité du combat était évidente. La Loi 35 en 2013, qui a permis le changement de mention de sexe sans opération, c'est une victoire dont je suis fier — même si je n'ai pas été en première ligne. Les jeunes militants trans m'ont appris autant que je leur ai transmis.
Aujourd'hui, l'inclusion trans est non négociable. Les organismes comme l'ATQ, le RG2T, ASTT(e)Q ont structuré cette mobilisation. Pour les ressources concrètes, je recommande le guide complet sur la transidentité au Québec.
Sophie : Les lesbiennes ont longtemps été invisibilisées dans le mouvement. Comment cela a-t-il évolué ?
Marc-André :C'est une plaie historique. Dans les années 70-80, le mouvement était largement dominé par des hommes gais blancs, urbains, instruits. Les lesbiennes avaient leurs propres réseaux — le mouvement féministe lesbien, les ditions du Remue-ménage, les cafés lesbiens du Plateau — mais elles étaient peu visibles dans les coalitions mixtes.
La crise du sida a été un point de bascule. Les femmes lesbiennes se sont massivement engagées dans les soins, dans les permanences, dans les comités de gestion des organismes. Sans elles, des dizaines d'organismes communautaires LGBT n'auraient pas survécu aux années 90. Quand la CGLQ s'est fondée en 1992, le mot 'lesbienne' figurait explicitement dans le nom — ce n'était pas une concession, c'était une reconnaissance d'une dette.
Aujourd'hui, plusieurs grandes organisations LGBTQ+ québécoises sont dirigées par des femmes. Mais il reste beaucoup à faire. Les lesbiennes en région, les lesbiennes rasées, les lesbiennes âgées restent largement invisibles. Le travail n'est pas fini.
Sophie : Quelles différences entre militer à Montréal et militer en région ?
Marc-André :Énormes. À Montréal, on a la masse critique. Le Village existe depuis les années 80, les réseaux d'entraide sont denses, les médecins formés aux réalités LGBT sont accessibles, les associations sont nombreuses. En région, c'est une autre réalité. J'ai accompagné au cours des années 2000 plusieurs militants en Gaspésie, en Abitibi, sur la Côte-Nord. Souvent, ils étaient isolés, parfois les seuls de leur ville à être visiblement engagés.
Le militantisme régional est une forme de courage différente. À Saint-Jérôme, à Rouyn, à Rimouski, on ne peut pas se cacher dans la masse. Tout le monde sait qui vous êtes, et tout le monde a un avis. Beaucoup de jeunes LGBT en région partent à Montréal ou à Québec pour cette raison — ce qui appauvrit les régions et concentre encore plus la militance dans les métropoles.
Les choses changent un peu depuis 2010, avec l'apparition de groupes locaux dans des villes moyennes : GRIS-Mauricie, GRIS-Estrie, des comités étudiants dans les cégeps. Mais il faudrait un investissement public massif pour rattraper. Le ministère de la Santé a une responsabilité historique non assumée ici.
Sophie : Que pensez-vous des nouvelles générations de militants ? Comment se sont-elles emparées des combats ?
Marc-André :Je suis admiratif, et parfois dérouté. Les jeunes militants d'aujourd'hui sont plus rapides, plus connectés, plus intersectionnels que ma génération. Ils articulent les enjeux LGBT avec les questions raciales, autochtones, écologiques, anti-capitalistes. C'est une richesse. La diversité des org an isations qu'ils créent — collectifs informels, comptes Instagram militants, podcasts, fanzines — renouvelle complètement les formes de mobilisation.
Ce qui me déroute parfois, c'est la rapidité des débats internes, l'intensité des conflits sur les réseaux sociaux, la difficulté à construire des alliances longues. Dans ma génération, on apprenait à vivre avec des désaccords pendant des années, parce qu'on n'avait pas le luxe de se diviser. Aujourd'hui, des coalitions se créent et se défont en six mois. Je ne sais pas si c'est mieux ou moins bien — c'est différent.
Je suis aussi très touché par leur lucidité sur la santé mentale. Ma génération s'est fait broyer en silence. La leur ose dire 'je ne vais pas bien, je prends une pause, je consulte'. C'est un progrès majeur. Pour situer la diversité des engagements actuels, je recommande l'annuaire des associations et coalitions LGBT du Québec, qui donne une bonne photo du paysage 2026.
Sophie : Le recul mondial des droits LGBT depuis 2022 vous inquiète-t-il ?
Marc-André :Profondément. Je n'ai jamais été aussi inquiet depuis le début des années 90. La montée des législations anti-LGBT en Hongrie, en Italie, aux États-Unis, dans plusieurs États des chaînes diplomatiques internationales, c'est un signal historique. Ce qu'on croyait acquis pour toujours peut être remis en cause en quelques années.
Ce qui m'inquiète le plus, c'est l'importation au Québec d'une rhétorique anti-trans construite dans les médias américains et britanniques. Cette rhétorique se présente parfois sous des habits féministes ou de préoccupation pour les enfants, ce qui complique énormément le travail de réponse. Le Comité des sages sur l'identité de genre créé par le gouvernement en 2023 a été perçu, à juste titre, comme un pas dans la mauvaise direction.
Mais il y a aussi des raisons d'espérer. La mobilisation québécoise est solide, structurellement enracinée dans cinquante ans de victoires juridiques et culturelles. Les organismes comme la CGLQ, le Conseil québécois LGBT, l'Aide aux trans du Québec sont résistants. Et les jeunes ne se laisseront pas faire. Pour mieux comprendre les ressources existantes, voir le guide complet des ressources LGBT au Québec en 2026.
Sophie : Quels conseils donneriez-vous aux militants émergents en 2026 ?
Marc-André :Trois choses, qui sont les leçons de quarante ans. La première : connaissez votre histoire. Les droits que vous avez aujourd'hui n'ont pas été offerts, ils ont été arrachés. La Charte de 1977, le mariage de 2002, la Loi 35 de 2013, ce sont des victoires concrètes payées par des générations de militants. Ne pas les connaître, c'est risquer de les perdre par insouciance.
La deuxième : prenez soin de vous. Le militantisme broie. La colère est une force, mais elle épuise. Faites-vous suivre psychologiquement si nécessaire, prenez des pauses, n'hésitez pas à passer la main. Une génération de militants des années 80 a sombré dans la dépression et la consommation parce qu'on ne nous avait pas appris à nous protéger. La santé mentale militante est un vrai sujet, et il existe maintenant des ressources spécifiques sur les thèmes de l'anxiété liée à l'engagement.
La troisième : construisez des alliances longues. Le militantisme n'est pas un sprint, c'est un marathon multi-générationnel. Acceptez les désaccords avec ceux qui partagent l'essentiel, même si vous différez sur les méthodes. Et transmettez. Cherchez les jeunes, écoutez-les, formez-les. C'est ainsi que le mouvement perdure. Pour identifier les centres communautaires où cette transmission se fait concrètement, voir les centres communautaires LGBT du Québec.
Questions rapides : idées reçues
Conclusion : les 3 points à retenir
- Quarante ans de militantisme LGBTQ+ québécois témoignent d'une mémoire collective forgée dans l'urgence (sida) puis institutionnalisée (mariage, droits trans). La transmission entre générations est aujourd'hui le principal défi.
- La santé mentale militante est un enjeu sous-estimé mais critique : la génération des années 80 s'est broyée en silence ; la nouvelle génération apprend à se protéger, ce qui constitue un progrès majeur du mouvement.
- Le recul mondial des droits LGBT depuis 2022 (Hongrie, Italie, certains États américains) doit servir de rappel : aucun acquis n'est définitif, et la mobilisation ne peut se reposer sur ses victoires juridiques.
- La différence entre militer à Montréal et militer en région reste considérable. L'investissement public dans les services LGBT en Gaspésie, Abitibi, Côte-Nord et au Saguenay est une priorité structurelle des prochaines années.
Questions fréquentes
Quand le militantisme LGBTQ+ a-t-il commencé au Québec ?
Le Front de libération homosexuel a été créé en octobre 1971 à Montréal, première structure militante explicitement homosexuelle. Mais des réseaux informels existaient dès les années 1960 dans les bars et appartements du centre-ville. La descente policiere au bar Truxx en octobre 1977 a marqué le passage à la mobilisation de masse.
Pourquoi parle-t-on du Stonewall québécois ?
L'expression désigne la descente policiere du 21 octobre 1977 au bar Truxx, qui a abouti à l'arrestation de 145 personnes. Le lendemain, une manifestation rassemblait 2 000 personnes — la plus grande mobilisation LGBT au Québec jusqu'alors. Huit semaines plus tard, la Charte québécoise des droits inscrivait l'orientation sexuelle dans la liste des motifs de discrimination prohibés.
Comment la crise du sida a-t-elle transformé le militantisme LGBT au Québec ?
Elle a imposé une professionnalisation rapide : il fallait apprendre la pharmacologie, dialoguer avec les autorités sanitaires, négocier des budgets, accompagner les fins de vie. Des organismes comme ACT MTL, le COCQ-SIDA et Séro Zéro sont nés de cette nécessité. La Coalition gaie et lesbienne du Québec (CGLQ), fondée en 1992, est issue de cette structuration. La crise a aussi laissé un trauma psychique massif chez les militants survivants.
Comment le militantisme s'est-il adapté aux questions trans ?
Avec des résistances initiales, puis une intégration progressive. La rencontre des militants gais et lesbiens aînés avec les jeunes militants trans dans les années 2010 a révélé la continuité structurelle des combats. La Loi 35 de 2013 sur le changement de mention de sexe sans opération et la Loi 103 de 2016 ont été des avancées majeures. Aujourd'hui, l'inclusion trans est non négociable au sein du mouvement LGBTQ+ québécois.
Quels sont les enjeux militants prioritaires en 2026 ?
Trois enjeux structurent le mouvement : la santé mentale des jeunes LGBTQ+ (en particulier des jeunes trans), l'inclusion en région (services trop concentrés à Montréal et Québec) et la résistance à l'importation au Québec d'une rhétorique anti-trans construite aux États-Unis et au Royaume-Uni depuis 2022.
Comment soutenir le militantisme LGBTQ+ aujourd'hui ?
Plusieurs voies coexistent : adhérer à un organisme communautaire (CGLQ, Conseil québécois LGBT, organismes locaux), faire un don financier, devenir bénévole pour des permanences ou des événements (Fierté, Journée contre l'homophobie), participer aux consultations publiques quand le gouvernement en lance, transmettre la mémoire historique aux jeunes générations.
Le militantisme LGBT en région est-il différent de Montréal ?
Très différent. En région, la masse critique fait défaut, les services sont rares, les militants sont souvent isolés et plus exposés. Le courage requis est d'une autre nature qu'en métropole. Des groupes locaux (GRIS-Mauricie, GRIS-Estrie, comités étudiants en cégeps régionaux) tentent de rattraper depuis 2010, mais l'investissement public reste très insuffisant.