VIH, PrEP et santé sexuelle au Québec en 2026 : prévention, dépistage et ressources

En bref : Au Québec en 2026, la prévention du VIH repose sur trois outils complémentaires : la PrEP, remboursée par la RAMQ depuis 2017 et désormais aussi disponible en injection trimestrielle (APRETUDE), la prophylaxie post-exposition accessible en urgence et le dépistage gratuit offert par les organismes communautaires. Avec 1 122 cas enregistrés en 2024, dont 462 premiers diagnostics, la surveillance de l'INSPQ confirme une épidémie en hausse chez les personnes nouvellement arrivées, alors qu'elle recule chez les personnes nées au Canada.

Personne discutant avec une intervenante en santé dans une clinique communautaire de dépistage
Les organismes communautaires québécois offrent dépistage gratuit, autotests et accompagnement depuis quarante ans.

L'état de l'épidémie de VIH au Québec en 2026

Le Programme de surveillance de l'infection par le VIH de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a enregistré 1 110 cas en 2023 et 1 122 cas en 2024, dont respectivement 41 % de premiers diagnostics et 59 % de diagnostics antérieurs, c'est-à-dire des personnes déjà connues des services ailleurs. Ces niveaux sont les plus élevés observés au Québec depuis le début des années 2000. Le taux de premiers diagnostics s'est stabilisé en 2024 à 5,1 pour 100 000 personnes, un niveau tout de même 45 % plus élevé qu'en 2019.

Le portrait démêle deux tendances opposées. D'un côté, les personnes nouvellement arrivées au Canada, nées à l'extérieur du pays et installées depuis moins de six ans, représentaient 62 % des premiers diagnostics enregistrés en 2023-2024 : l'augmentation de l'épidémie est concentrée dans ce groupe. De l'autre, le nombre de premiers diagnostics a diminué de 32 % entre 2015 et 2024 chez les personnes nées au Canada ou établies depuis plus longtemps, un recul attribuable notamment à la prévention, dont la PrEP.

Sur les 462 premiers diagnostics de 2024, la majorité touche encore la région de Montréal, mais la part observée à l'extérieur de la métropole a grimpé de 31 % en 2023 à 42 % en 2024. Le Commissaire à la santé et au bien-être estimait en 2025 qu'environ 19 101 personnes vivaient avec le VIH au Québec en 2022, dont près de 11 % sans le savoir. Ces chiffres justifient un dépistage régulier, sans attendre de symptômes.

IndicateurValeurSource et date
Cas de VIH enregistrés en 2023 / 20241 110 / 1 122INSPQ, rapport 2023-2024
Premiers diagnostics en 2024462 (taux 5,1/100 000)INSPQ, rapport 2023-2024
Personnes vivant avec le VIH au Québec19 101 (est. 2022)INSPQ cité par le CSBE, 2025
Personnes sous traitement antirétroviral82 % de celles qui connaissent leur statutCSBE, novembre 2025
Charge virale indétectable sous traitement96 %CSBE, novembre 2025

Pour situer ces données dans une démarche de santé globale, le site propose également un guide complet des ressources de santé et de bien-être LGBTQ+ au Québec, qui recense cliniques, lignes d'écoute et services par région.

La PrEP au Québec : couverte par la RAMQ, désormais aussi en injection

La prophylaxie pré-exposition (PrEP) consiste à prendre un traitement antirétroviral avant d'être exposée au VIH afin de prévenir l'infection. Au Québec, la PrEP orale est couverte par le régime public d'assurance médicaments de la RAMQ depuis 2017 : une personne admissible au régime public n'a donc pas à engager le coût complet des comprimés, moyennant la contribution applicable de son régime d'assurance médicaments.

L'usage a suivi la couverture. L'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) rapporte 37 utilisateurs de PrEP pour 100 000 personnes au Québec en 2018, 61 en 2021 et 75 en 2022, tous sexes confondus. Une étude publiée dans le Relevé des maladies transmissibles au Canada (CCDR) en janvier 2025 chiffre à 23 644 le nombre de personnes sous PrEP au Québec en 2021. Ces données, disponibles avec un délai de quelques années, décrivent la période précédant la dernière vague de hausse des diagnostics.

Une option notable s'est ajoutée au paysage en mars 2025 : le Québec est devenu la première province à inscrire APRETUDE, le traitement injectable à longue durée d'action (cabotegravir), sur la liste des médicaments remboursés. Administrée par injection trimestrielle en contexte clinique, cette formulation convient aux personnes pour qui une prise quotidienne est difficile, avec une efficacité de l'ordre de 99 % selon la fiche québécoise diffusée par les organismes.

La PrEP ne convient pas à tout le monde et exige une évaluation médicale : dépistage préalable du VIH, suivi des fonctions rénales et dépistage régulier des autres infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS). C'est précisément ce suivi global qui en fait un outil de santé sexuelle complet, et non un simple médicament. Pour bien préparer ces rendez-vous et dialoguer avec les professionnels de santé, consultez le guide sur la compétence culturelle LGBTQ+ en milieu de soins.

Après une exposition à risque : la prophylaxie post-exposition (PEP)

La prophylaxie post-exposition (PEP) est le deuxième filet de sécurité. Il s'agit d'un traitement antirétroviral de 28 jours, débuté le plus tôt possible après une exposition potentielle au VIH — relation sexuelle non protégée, accident de condom, agression — et au plus tard dans les 72 heures. Chaque heure compte : plus le traitement commence tôt, plus la probabilité de prévenir l'infection est élevée.

Au Québec, la PEP est accessible dans les services d'urgence des hôpitaux. Inutile d'attendre un rendez-vous en clinique : présentez-vous aux urgences en expliquant l'exposition, avec si possible les informations sur la source d'exposition. Les urgences évaluent le risque, prescrivent le traitement et organisent le suivi, y compris le dépistage de départ et les prises de sang ultérieures.

Deux précisions utiles. D'abord, la PEP est un traitement d'urgence, pas une méthode de prévention régulière : à la répétition, c'est la PrEP qu'il faut discuter avec un professionnel de santé. Ensuite, la PEP ne protège pas des autres ITSS : un dépistage complet (VIH, syphilis, gonorrhée, chlamydia, hépatites) reste recommandé quelques semaines après l'exposition, et les recommandations de suivi doivent être confirmées par le service qui vous reçoit.

Pharmacienne remettant une ordonnance à un client dans une pharmacie québécoise
La PrEP orale est couverte par la RAMQ depuis 2017; l'injectable APRETUDE l'est depuis mars 2025.

Se faire dépister : test rapide, autotest et cliniques

Le dépistage du VIH au Québec se fait par prise de sang en clinique, par test rapide (sang prélevé au bout du doigt, résultat en une vingtaine de minutes) ou par autotest. Les organismes communautaires distribuent des autotests et offrent du dépistage gratuit ou à faible coût dans des cadres sans jugement — un avantage réel pour les personnes qui redoutent les milieux médicaux.

À Montréal, l'organisme RÉZO, qui œuvre auprès des hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, propose notamment une clinique baptisée la Zone Rose, où l'on accède gratuitement à des services de dépistage du VIH et d'autres ITSS, à de l'information et du matériel de prévention. La Clinique l'Actuel, clinique médicale montréalaise spécialisée en ITSS, constitue une autre porte d'entrée réputée. Dans les autres régions, le Portail VIH/Sida du Québec recense les organismes locaux offrant dépistage et accompagnement.

Le calendrier compte aussi : chaque novembre, la Semaine internationale du dépistage, coordonnée au Québec par la COCQ-SIDA, multiplie les activités de dépistage sans rendez-vous et la distribution d'autotests dans plusieurs villes de la province. C'est l'occasion idéale de faire un premier test ou d'en refaire un.

Combien de fois se tester? La réponse dépend de sa vie : la fréquence recommandée varie selon le nombre de partenaires, l'utilisation de la PrEP ou la survenue d'une ITSS. Le réflexe le plus simple reste d'en parler franchement avec un professionnel de santé ou un intervenant communautaire, qui aidera à fixer un rythme adapté. Les jeunes trouveront des ressources d'écoute adaptées dans le guide des ressources et lignes d'écoute pour les jeunes LGBTQ+.

Traitement moderne : vivre avec le VIH et U=U

Un diagnostic de VIH n'est plus ce qu'il était : les traitements antirétroviraux actuels, souvent réduits à une prise quotidienne, permettent de vivre une espérance et une qualité de vie quasi normales. Ils protègent aussi les autres : une personne dont la charge virale est indétectable depuis au moins six mois et qui suit son traitement ne transmet pas le VIH par voie sexuelle. Ce consensus scientifique, connu sous le nom d'U=U (undetectable equals untransmittable), est affirmé depuis 2018 par la communauté scientifique internationale, notamment par l'International AIDS Society.

Le Québec reste toutefois en deçà des cibles internationales de l'ONUSIDA (95-95-95), selon le Commissaire à la santé et au bien-être (novembre 2025) : 89 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, 82 % de celles-ci reçoivent un traitement, et 96 % des personnes traitées ont une charge virale indétectable. Le maillon faible se situe donc entre le dépistage et la mise sous traitement — exactement là où les organismes communautaires et la première ligne peuvent faire la différence.

Une mise en route rapide du traitement après le diagnostic améliore à la fois la santé individuelle et la prévention. Au Québec, les antirétroviraux sont couverts par la RAMQ, et des organismes comme ACCM (AIDS Community Care Montreal) accompagnent les personnes nouvellement diagnostiquées, en offrant soutien, écoute et accompagnement dans les démarches.

Les organismes communautaires : un pilier du système

Le Commissaire à la santé et au bien-être le souligne dans son portrait de 2025 : les organismes communautaires jouent un rôle essentiel sur le terrain dans la lutte contre le VIH, malgré un financement précaire. C'est eux qui offrent du dépistage de proximité, de la distribution d'autotests, de la prévention, de l'accompagnement vers les soins et des services aux populations que le système peine à rejoindre.

OrganismeCe qu'il offre
RÉZO (Montréal)Dépistage gratuit du VIH et des ITSS (clinique Zone Rose), information, matériel de prévention, santé globale des hommes GBTQ+.
ACCM (Montréal)Soutien aux personnes vivant avec le VIH, prévention, écoute et accompagnement aux personnes nouvellement diagnostiquées.
COCQ-SIDA (province)Coalition des organismes communautaires : service d'information juridique VIH info droits, service de référence Le Cercle Orange à Montréal, coordination de la Semaine internationale du dépistage.
Portail VIH/Sida du QuébecAnnuaire provincial des ressources en dépistage, soutien et accompagnement, par région.
Clinique l'Actuel (Montréal)Clinique médicale spécialisée en ITSS : dépistage, traitement et suivi.

Ces organismes sont complémentaires du réseau public : ils ne remplacent ni un médecin ni une urgence, mais ils abaissent les barrières — financières, culturelles, psychologiques — qui retardent le dépistage et les soins. Pour un premier contact sans rendez-vous ni jugement, ils sont souvent la meilleure porte d'entrée.

Intervenant communautaire remettant un autotest VIH à une personne dans un local de prévention
Les organismes comme RÉZO distribuent autotests et matériel de prévention sans jugement.

Stigmatisation, droits et diagnostics tardifs

Près de la moitié des nouveaux diagnostics de VIH au Québec (49 % en 2022) étaient tardifs, c'est-à-dire posés à un stade où le système immunitaire était déjà affecté. Le Commissaire à la santé et au bien-être attribue ce retard à un faisceau de facteurs : la stigmatisation, qui persiste tant dans la population que dans les milieux de soins, des barrières financières, administratives et culturelles, et la crainte — documentée — de la criminalisation de la non-divulgation du statut sérologique, qui décourage parfois le dépistage lui-même.

Du côté des droits, des ressources existent. Le service VIH info droits de la COCQ-SIDA offre de l'information juridique par une avocate sur les enjeux légaux liés au VIH, et les organismes communautaires accompagnent aussi les personnes confrontées à des cas de discrimination. Au quotidien, le volet psychosocial compte autant que le volet médical : la santé mentale des personnes LGBTQ+ est un déterminant connu de l'accès aux soins, et le stress lié à la minorisation pèse sur la recherche de dépistage et de traitement. Le site consacre un dossier complet à la santé mentale LGBTQ+ et au stress de minorité, avec ses ressources de soutien.

Enfin, la consultation publique lancée par le Commissaire à la santé et au bien-être à l'automne 2025, dont la période de participation s'est terminée en mars 2026, vise précisément à bâtir une réponse plus cohérente à ces enjeux. Les bilans cités ici en traceront les orientations.

Passer à l'action : par où commencer

Que vous cherchiez à prévenir, à vous faire tester ou à accompagner un proche, les démarches suivantes couvrent les situations les plus courantes. Adaptez-les à votre réalité, et n'hésitez pas à contacter un organisme communautaire pour être orienté.

  1. Je veux prévenir : discutez de la PrEP avec un professionnel de santé; vérifiez votre admissibilité à la couverture RAMQ et, si les prises quotidiennes vous préoccupent, renseignez-vous sur l'option injectable APRETUDE.
  2. Je viens d'avoir une exposition à risque : dirigez-vous dès maintenant vers les urgences les plus proches pour évaluer une prophylaxie post-exposition — le délai maximal est de 72 heures, et chaque heure compte.
  3. Je veux me faire tester : choisissez l'option qui vous met le plus à l'aise : prise de sang en clinique, test rapide ou autotest distribué par un organisme communautaire; consultez le Portail VIH/Sida du Québec pour trouver un point de service près de chez vous.
  4. Je viens d'apprendre que je vis avec le VIH : un traitement efficace et couvert par la RAMQ existe; des organismes comme ACCM accompagnent les nouveaux diagnostics, et U=U garantit qu'une charge virale indétectable ne transmet pas le virus.
  5. Je subis de la stigmatisation ou j'ai des questions juridiques : le service VIH info droits de la COCQ-SIDA offre de l'information juridique, et les organismes communautaires peuvent vous référer vers de l'aide.

La prévention du VIH fonctionne lorsque les outils sont connus et accessibles : PrEP et PEP pour prévenir, dépistage régulier pour connaître son statut, traitement précoce pour protéger sa santé et celle des autres. C'est un effort collectif, et les organismes québécois du milieu communautaire en sont le moteur depuis quarante ans.

Questions fréquentes

La PrEP est-elle gratuite au Québec?

La PrEP orale est couverte par le régime public d'assurance médicaments de la RAMQ depuis 2017. Une personne admissible au régime public paie donc selon les modalités habituelles de son régime (prime, deductible et coassurance) plutôt que le coût complet du médicament. Depuis mars 2025, le Québec couvre aussi APRETUDE, la version injectable trimestrielle, en tant que première province au Canada. La première étape reste une consultation médicale, car la PrEP exige un dépistage préalable et un suivi régulier.

Où se faire dépister du VIH gratuitement au Québec?

Plusieurs organismes communautaires offrent du dépistage gratuit ou à faible coût, dont RÉZO à Montréal (clinique Zone Rose) et les organismes membres de la COCQ-SIDA. Des autotests sont aussi distribués lors d'événements comme la Semaine internationale du dépistage en novembre. L'annuaire du Portail VIH/Sida du Québec permet de trouver un point de service par région.

Que faire après un rapport sexuel à risque?

Se présenter dès que possible aux urgences pour demander une prophylaxie post-exposition (PEP). Ce traitement de 28 jours doit commencer au plus tard 72 heures après l'exposition, et son efficacité diminue avec le temps. Les urgences évaluent le risque, prescrivent le traitement et organisent le suivi. La PEP est un traitement d'urgence : pour une prévention régulière, il faut plutôt discuter de la PrEP avec un professionnel de santé.

Une personne vivant avec le VIH peut-elle transmettre le virus si elle est traitée?

Non, si sa charge virale est indétectable depuis au moins six mois et qu'elle suit son traitement. Le consensus scientifique U=U (indétectable égale intransmissible), affiché notamment par l'International AIDS Society depuis 2018, établit qu'une personne sous traitement avec charge virale indétectable ne transmet pas le VIH par voie sexuelle.

Le VIH est-il en hausse ou en baisse au Québec?

Les deux, selon les populations. Le rapport 2023-2024 de l'INSPQ montre des niveaux de cas enregistrés (1 110 en 2023, 1 122 en 2024) supérieurs à ceux observés depuis le début des années 2000, avec une hausse concentrée chez les personnes nouvellement arrivées au Canada, qui représentent 62 % des premiers diagnostics. Chez les personnes nées au Canada ou établies depuis longtemps, les premiers diagnostics ont au contraire diminué de 32 % entre 2015 et 2024.