2ELGBTQI+, 2SLGBTQIA+ : ce que signifie chaque lettre du sigle et chaque couleur des drapeaux des fiertés
En bref : Le gouvernement du Canada emploie officiellement 2SLGBTQI+ en anglais et 2ELGBTQI+ en français, avec le 2S/2E placé en tête pour reconnaître les personnes bispirituelles comme les premières communautés du territoire. Cet article décompose le sigle lettre par lettre, retrace l'origine autochtone du terme Two-Spirit, et détaille l'histoire documentée des principaux drapeaux : arc-en-ciel de Gilbert Baker (1978), Progress Pride de Daniel Quasar (2018), drapeau intersexe de Morgan Carpenter (2013) et drapeau asexuel.
Le 2E/2S en tête : une décision fédérale qui place les peuples autochtones au premier rang de l'acronyme
Ottawa a tranché en 2022 : l'acronyme officiel fédéral s'écrit 2ELGBTQI+ en français, alors que la version anglaise conserve le 2S en première position. Cette divergence orthographique n'est pas anodine. Dans les deux cas, le chiffre et la lettre initiale renvoient aux personnes bispirituelles, mais le fédéral a opté pour « 2E » — abréviation de « bispirituel » — afin d'ancrer la terminologie dans le français canadien. Le « 2S », lui, provient directement de l'anglais « Two-Spirit », terme forgé en 1990 lors du Troisième rassemblement annuel des gais et lesbiennes autochtones à Winnipeg. Ce choix typographique traduit une volonté politique : placer en tête de l'acronyme les communautés qui furent les premières expressions de genres et de sexualités diversifiées sur le territoire, avant même l'arrivée des catégories occidentales.
Le « bispirituel » désigne une identité propre aux nations autochtones, irréductible aux concepts de gay, lesbienne ou transgenre importés d'Europe. Ce positionnement initial résulte de consultations publiques menées par le gouvernement canadien dans le cadre de sa stratégie « Sois toi-même / Free to be me ». Il rompt avec des décennies d'acronymes où les lettres s'ajoutaient en fin de chaîne, souvent dans l'ordre d'apparition historique des mouvements de libération. Ici, la temporalité est géographique et spirituelle plutôt que chronologique.
Cette décision fédérale coexiste avec des usages variables au Québec, où « 2SLGBTQIA+ » demeure fréquent dans les milieux militants et médiatiques. L'Institut de la statistique du Québec recense 261 600 personnes s'identifiant à ces communautés en 2019-2021, soit 3,9 % de la population québécoise de 15 ans et plus, un chiffre que notre dossier sur le pourcentage LGBTQ+ au Québec décortique en détail. À l'échelle canadienne, Statistique Canada évalue cette proportion à 4,4 %. Parmi elles, 9 865 personnes transgenres (0,14 %) et 6 360 personnes non binaires (0,09 %) résident au Québec selon les données de 2021, tandis que le Canada compte 100 815 personnes transgenres ou non binaires, soit 0,33 % des 15 ans et plus. Ces chiffres, encore sous-estimés par les méthodologies de recensement, soulignent l'enjeu d'une visibilité structurante — dont l'acronyme officiel constitue le premier vecteur.
Lettre par lettre : ce que recouvre chaque initiale du 2ELGBTQI+ dans la version officielle d'Ottawa
Ottawa a tranché : en français, l'acronyme officiel fédéral s'écrit 2ELGBTQI+, pas 2SLGBTQIA+. Le « 2E » conserve la même signification que le « 2S » anglophone — bispirituel —, mais la lettre change pour épouser la morphologie du français. Ce n'est pas une coquetterie typographique. Le gouvernement canadien a actualisé cette formulation à la suite de consultations publiques, dans le cadre de la stratégie Sois toi-même / Free to be me. Le « 2E » placé en tête reconnaît les personnes bispirituelles comme les premières communautés 2ELGBTQI+ du territoire, une hiérarchie symbolique qui conteste l'effacement systématique des savoirs autochtones dans les récits queer dominants.
Chaque initiale porte un poids politique mesurable. Le « L » désigne les lesbiennes, le « G » les gais, le « B » les bisexuels, le « T » les personnes transgenres. Le « Q » renvoie à « queer », terme autrefois injurieux réapproprié comme parapluie critique. Le « I » désigne les personnes intersexes, dont le drapeau spécifique — cercle violet sur fond jaune, conçu par Morgan Carpenter en 2013 — circule désormais aux côtés du Progress Pride. Le « A », parfois controversé, couvre l'asexualité dans la version fédérale anglophone, bien que le sigle officiel canadien s'arrête au « + » pour désigner les identités non nommées explicitement. Cette économie de lettres n'efface pas les tensions internes : certaines communautés revendiquent l'inclusion du « A » dans le corps même du sigle, d'autres jugent que le « + » suffit à leur visibilité sans les instrumentaliser.
Le « bispirituel » mérite une pause. Employé en français canadien comme équivalent possible de Two-Spirit, le terme demeure une traduction, pas une identité interchangeable dans tous les contextes. Il désigne une identité autochtone distincte, non réductible aux catégories occidentales de genre et de sexualité. Cette spécificité explique pourquoi Ottawa maintient le « 2 » en préfixe dans les deux langues : il ancre la communauté queer canadienne dans une temporalité précoloniale que les sigles américains ou européens ignorent souvent.
Les chiffres de Statistique Canada donnent une échelle à cette mosaïque identitaire. Environ 4,4 % des personnes de 15 ans et plus s'identifient 2SLGBTQ+ au pays. Au Québec, la proportion atteint 3,9 % entre 2019 et 2021, soit 261 600 personnes. Les données de mai 2021 comptabilisent 100 815 personnes transgenres ou non binaires dans l'ensemble du Canada (0,33 % de la population visée). L'Institut de la statistique du Québec affine ce portrait : 9 865 personnes transgenres (0,14 %) et 6 360 personnes non binaires (0,09 %) résident dans la province. Ces chiffres, disponibles sur statcan.gc.ca et statistique.quebec.ca, ne captent pas l'intégralité du spectre que le « + » tente d'accueillir.
Le sigle officiel fédéral se décompose ainsi :
- 2E/2S — bispirituel / Two-Spirit, identité autochtone distincte non réductible aux catégories occidentales
- L — lesbienne
- G — gai
- B — bisexuel
- T — transgenre
- Q — queer
- I — intersexe
- A — asexuel
- + — autres identités non nommées explicitement
Bispirituel ou Two-Spirit : une identité qui résiste à la traduction occidentale
Ottawa a tranché en 2022 : l'acronyme officiel fédéral s'écrit 2ELGBTQI+ en français, là où l'anglais privilégie 2SLGBTQI+. L'inversion n'est pas une coquille. Le « 2E » place en tête les personnes bispirituelles, reconnaissant ainsi les communautés autochtones comme les premières expressions de genre et de sexualité diversifiées sur ce territoire. Cette décision a émergé des consultations publiques menées dans le cadre de la stratégie fédérale « Sois toi-même / Free to be me ». Le geste est symbolique, mais il porte un poids politique considérable dans un pays marqué par l'histoire des pensionnats autochtones.
Le terme « bispirituel » fonctionne comme équivalent possible de Two-Spirit, pourtant il demeure une traduction. Les nations autochtones du territoire canadien possèdent des conceptions du genre et de la sexualité qui précèdent et débordent les catégories occidentales. L'identité Two-Spirit n'est pas un simple ajout à l'acronyme : elle désigne un rôle spirituel, social et culturel spécifique, variable selon les nations. Réduire cette identité à une lettre dans une séquence alphabétique, même placée en premier, comporte le risque d'une appropriation administrative. Le gouvernement fédéral l'a compris en réservant la lettre « S » à l'anglais, où Two-Spirit conserve son intégrité linguistique, et en adoptant « 2E » en français, où « esprit » évoque davantage la dimension spirituelle revendiquée.
Cette tension traductologique alimente des débats au sein même des communautés. Certains militants autochtones préfèrent l'usage intégral de « Two-Spirit » en français, jugeant « bispirituel » insuffisant. D'autres valorisent l'effort de francisation. La CGLQ, fondée en 1992 et accréditée ECOSOC-ONU, suit ces discussions de près. Ce qui demeure constant : les personnes 2E/2S représentent une population dont la visibilité statistique reste fragmentaire. Statistique Canada ne dénombre pas séparément les personnes bispirituelles dans ses enquêtes standard, bien que l'Institut de la statistique du Québec recense 9 865 personnes transgenres et 6 360 personnes non binaires au Québec en 2021. L'absence de chiffre spécifique pour les populations 2E illustre les limites des outils de mesure face aux identités qui résistent aux cases préétablies.
Avant d'employer le sigle dans une communication publique, trois précautions évitent les faux pas les plus courants :
- Ne pas confondre traduction et équivalence. « Bispirituel » traduit Two-Spirit, mais ne désigne pas une identité interchangeable dans tous les contextes ; son usage par des non-Autochtones pose question.
- Surveiller la langue d'usage. Le fédéral écrit 2ELGBTQI+ en français et 2SLGBTQI+ en anglais depuis 2022, ce qui crée une asymétrie à noter selon le public visé.
- Reconnaître les variations québécoises. L'usage médiatique ici emploie souvent 2SLGBTQIA+, avec un A que le sigle fédéral exclut et un S maintenu même en français.
- Accepter la fluidité des lettres. L'ordre change selon les contextes ; aucune version n'est universellement consacrée.
De Baker à Quasar : comment le drapeau arc-en-ciel s'est fait dépasser par ses propres successeurs
Le drapeau arc-en-ciel que Gilbert Baker confectionnait à San Francisco en 1978 portait huit bandes. Le rose et le turquoise disparurent vite pour des raisons matérielles — teintures introuvables en série —, laissant les six couleurs canonisées que le gouvernement fédéral canadien liste encore aujourd'hui : rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet. Symbole général de la diversité, ce drapeau a longtemps suffi. Il ne suffit plus.
Daniel Quasar, designer non binaire basé à Portland, a compris cette tension en 2018. Son Progress Pride flag conserve les six bandes horizontales, mais y ajoute un chevron oblique cinq couleurs : le blanc, le rose pâle et le bleu pâle empruntés au drapeau transgenre, plus le noir et le brun pour nommer explicitement les personnes noires, autochtones et racisées que le modèle originel rendait invisibles. Cette géométrie en flèche, pointée vers l'avant, rompt avec l'homogénéité apparente du spectre. Une version élargie, l'Intersex-Inclusive Progress Pride, intègre depuis un triangle jaune cerclé de violet — les couleurs du drapeau intersexe conçu en 2013 par l'Australien Morgan Carpenter.
Carpenter avait alors voulu une symbolique radicalement non genrée. Le jaune, couleur rarement associée aux normes de genre roses et bleues, affirme l'autonomie et la visibilité. Le violet évoque l'intégrité corporelle et le potentiel des personnes intersexes. Le cercle, enfin, refuse toute hiérarchie binaire : totalité sans point de rupture. Ce drapeau répondait à un vide précis. Celui des personnes asexuelles, lui, s'exprime dans quatre bandes horizontales : le noir pour l'asexualité, le gris pour le spectre asexuel et la gray-asexualité, le blanc pour l'allosexualité et la communauté élargie, le violet pour la solidarité propre à ce groupe souvent réduit à l'invisibilité statistique.
Ces itérations successives ne constituent pas une dénonciation de Baker. Elles traduisent plutôt une exigence croissante de précision dans un mouvement qui, au Canada, rassemble environ 4,4 % des personnes de 15 ans et plus selon Statistique Canada. Au Québec, la proportion atteint 3,9 %, soit 261 600 personnes en 2019-2021. Parmi elles, l'Institut de la statistique du Québec dénombrait en mai 2021 précisément 9 865 personnes transgenres et 6 360 personnes non binaires — des chiffres qui justifient que les symboles évoluent autant que le vocabulaire.
Le chevron de Daniel Quasar (2018) : quand le Progress Pride redessine l'inclusion en noir, brun, rose et bleu pâle
Le drapeau arc-en-ciel porte en lui l'histoire mouvementée d'une communauté qui a dû sans cesse réinventer ses symboles pour qu'ils collent à sa réalité changeante. Créé en 1978 par Gilbert Baker, ce drapeau arborait à l'origine huit bandes colorées, chacune portant une signification précise : le rose pour le sexe, le rouge pour la vie, l'orange pour la guérison, le jaune pour le soleil, le vert pour la nature, le turquoise pour la magie, l'indigo pour la sérénité et le violet pour l'esprit. Cette version luxuriante ne connut qu'une existence éphémère : contraintes de production obligent, le rose puis le turquoise disparurent, laissant le drapeau à six bandes qui deviendra l'emblème planétaire des fiertés. Ce passage de huit à six couleurs n'est pas qu'une anecdote technique : il révèle déjà la tension entre l'ambition symbolique et les contraintes matérielles, entre la volonté d'inclure et les forces qui poussent à l'uniformisation.
Quarante ans plus tard, cette tension resurgit avec une acuité nouvelle. En 2018, le designer non binaire Daniel Quasar propose le Progress Pride, un drapeau qui ne se contente pas d'ajouter des couleurs mais en réorganise la géométrie même. Un chevron pointant vers la droite vient s'insérer sur le côté gauche du drapeau arc-en-ciel classique, créant une dynamique de mouvement, de progrès. Ce chevron emprunte au drapeau trans ses bandes blanche, rose pâle et bleu pâle, puis ajoute deux bandes supplémentaires : le noir et le brun. Le noir rend visible les personnes vivant avec le VIH et honore celles qui sont mortes du sida, rappelant une épidémie que l'on a trop vite rangée au rayon des archives. Le brun affirme la place des personnes noires, autochtones et racisées au sein d'un mouvement qui n'a pas toujours été exemplaire sur le plan antiraciste. Cette réorganisation spatiale n'est pas neutre : elle place les marges au centre, fait avancer les questions trans et raciales vers l'avant-scène.
Le Progress Pride a lui-même engendré une descendance, témoignant de l'infini recomposable du symbole. La version Intersex-Inclusive Progress Pride intègre un triangle jaune orné d'un cercle violet, directement emprunté au drapeau intersexe conçu par Morgan Carpenter en 2013. Le jaune proclame l'autonomie et la visibilité d'un corps qui refuse les assignations binaires ; le violet affirme l'intégrité physique et le potentiel d'une existence hors normes. Le cercle, forme parfaite sans commencement ni fin, évoque une totalité qui se déploie sans hiérarchie de genre. Cette superposition de symboles n'aboutit pas à un éclectisme confus : elle construit une grammaire visuelle où chaque élément dialogue avec les autres, où l'histoire du mouvement se lit comme des strates géologiques.
Cette prolifération de drapeaux suscite parfois l'exaspération, voire les moqueries. On dénonce une fragmentation identitaire, un narcissisme des petites différences. Pourtant, chaque modification du drapeau arc-en-ciel répond à une question concrète : qui reste à l'ombre de ce symbole censé unifier ? L'ajout de couleurs n'est pas une querelle de chapelle esthétique ; il traduit des rapports de force réels au sein d'une communauté qui n'a jamais été monolithique. Le drapeau, loin d'être un totem immuable, fonctionne comme un contrat social renégocié : il dit à la fois ce que nous sommes devenus et ce que nous aspirons encore à devenir. En ce sens, le Progress Pride et ses dérivés ne trahissent pas l'héritage de Gilbert Baker : ils en accomplissent la promesse la plus radicale, celle d'un symbole vivant, capable de se métamorphoser sans se dissoudre.
Le cercle violet de Morgan Carpenter (2013) : le jaune et le mauve comme revendication d'intégrité corporelle
Le drapeau intersexe n'a pas émergé d'une mode esthétique. Morgan Carpenter, activiste australien, l'a conçu en 2013 pour répondre à un vide symbolique criant : les personnes nées avec des variations des caractéristiques sexuelles — que la médecine nomme historiquement par des sigles médicalisants, parfois opérés sans consentement dès l'enfance — n'avaient aucune bannière qui leur appartînt en propre. Carpenter a choisi deux couleurs et une forme géométrique, chacune porteuse d'un sens politique explicite. Le jaune, couleur rare dans les symbologies occidentales de genre, évoque l'autonomie et la visibilité refusée. Le violet, traditionnellement lié à la royauté mais ici détourné, affirme l'intégrité corporelle, la plénitude et le potentiel des personnes intersexes. Le cercle central, fermé et sans rupture, figure la totalité d'un être que ni la binarité des genres ni les interventions chirurgicales ne sauraient accomplir ou réduire.
Cette symbolique résonne différemment au Canada, où Statistique Canada recense les personnes transgenres et non binaires — 100 815 au pays en mai 2021, soit 0,33 % des 15 ans et plus — mais où les données sur les personnes intersexes demeurent fragmentées, noyées dans des catégories médicales ou ignorées par les formulaires administratifs. L'Institut de la statistique du Québec ne publie pas de chiffre distinct pour cette population. Le drapeau de Carpenter fonctionne alors comme un outil de comptage symbolique : face à l'invisibilisation statistique, le jaune et le violet affirment une existence collective.
La version élargie du Progress Pride flag, conçue ultérieurement à partir du modèle de Daniel Quasar en 2018, intègre le triangle jaune à cercle violet de Carpenter dans son chevron. Cette incorporation n'est pas anodine : elle place l'intersexe au cœur d'une narration élargie des fiertés, tout en préservant la spécificité d'un combat — l'intégrité corporelle — qui déborde des cadres habituels des revendications 2ELGBTQI+. Le cercle, forme sans angle ni pointe, refuse la hiérarchie. Il dit : aucun corps n'est inachevé, aucune variation n'est à corriger.
Voici, en un coup d'œil, ce que recouvre chacun des principaux drapeaux qui circulent aujourd'hui au Québec :
| Drapeau | Année et créateur | Couleurs distinctives | Ce qu'elles signifient |
|---|---|---|---|
| Arc-en-ciel | 1978, Gilbert Baker | Huit bandes a l'origine, six aujourd'hui (rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet) | Symbole général de la diversite |
| Progress Pride | 2018, Daniel Quasar | Chevron blanc, rose pâle, bleu pâle, noir et brun ajouté à l'arc-en-ciel | Couleurs trans, personnes vivant avec le VIH et mortes du sida, personnes noires, autochtones et racisées |
| Intersex-Inclusive Progress Pride | Version élargie du précédent | Triangle jaune et cercle violet ajoutes | Inclusion explicite des personnes intersexes |
| Intersexe | 2013, Morgan Carpenter | Cercle violet sur fond jaune | Jaune = autonomie et visibilite, violet = intégrité et potentiel, cercle = totalite sans hiérarchie de genre |
| Asexuel | Créateur non documenté | Noir, gris, blanc, violet | Asexualité, spectre asexuel, communauté plus large, solidarité |
| Transgenre | Créateur non documenté | Bleu pâle, rose pâle, blanc | Couleurs reprises dans le chevron du Progress Pride |
Au Québec, qui compose ces communautés ? Les chiffres de Statistique Canada et de l'Institut de la statistique du Québec
Les données officielles dessinent un portrait plus nuancé que l'image d'Épinal d'une communauté homogène et majoritairement montréalaise. Au Québec, 261 600 personnes de 15 ans et plus s'identifiaient 2SLGBTQ+ entre 2019 et 2021, soit 3,9 % de la population adulte provinciale selon Statistique Canada. Ce chiffre se situe légèrement sous la moyenne canadienne de 4,4 %, un écart qui mérite interprétation sans précipitation : il reflète peut-être autant des différences de déclaration que de prévalence réelle, la méfiance envers les institutions étatiques variant selon les régions et les générations.
La transidentité, souvent rendue invisible dans les discours grand public, concerne pourtant des milliers de Québécois et Québécoises dénombrés. L'Institut de la statistique du Québec a recensé 9 865 personnes transgenres en 2021 (0,14 % des 15 ans et plus) et 6 360 personnes non binaires (0,09 %). Ces proportions, apparemment modestes, représentent des vies entières confrontées à des barrières systémiques précises : accès à l'affirmation de genre, violence dans les espaces publics, déni de soins. L'échelle nationale, elle, compte 100 815 personnes transgenres ou non binaires selon le recensement de mai 2021, soit 0,33 % de la population adulte canadienne.
Ces chiffres méritent une lecture critique. Ils sous-estiment vraisemblablement les réalités, les méthodologies de recensement peinant à saisir les identités fluides, les personnes non déclarées par peur ou par méfiance, celles qui ne reconnaissent pas dans les cases proposées leur propre vécu. Le « plus » de 2ELGBTQI+ recouvre précisément ces identités non nommées explicitement, celles qui échappent encore aux grilles de l'État. Pour le lecteur québécois qui cherche à comprendre, ces données ne sont pas de simples curiosités démographiques : elles mesurent la distance entre la visibilité politique acquise et l'invisibilisation persistante d'une portion significative de la population.
Questions fréquentes
Pourquoi le Canada écrit-il 2ELGBTQI+ en français et 2SLGBTQI+ en anglais ?
Le gouvernement fédéral a actualisé son acronyme officiel à la suite de consultations publiques, dans le cadre de la stratégie « Sois toi-même / Free to be me ». En français, le 2E renvoie à « bispirituel », équivalent proposé de l'anglais « Two-Spirit ». Dans les deux langues, le placement en première position reconnaît les personnes bispirituelles comme les premières communautés du territoire.
Que signifie chaque lettre du sigle 2SLGBTQIA+ ?
2S ou 2E désigne les personnes bispirituelles (Two-Spirit), une identité autochtone distincte non réductible aux catégories occidentales ; L pour lesbienne, G pour gai, B pour bisexuel, T pour transgenre, Q pour queer, I pour intersexe, A pour asexuel, et le + pour les identités qui ne sont pas nommées explicitement.
Qui a créé le drapeau Progress Pride et que signifient ses couleurs ?
Le Progress Pride a été créé en 2018 par Daniel Quasar, designer non binaire. Il reprend le drapeau arc-en-ciel et y ajoute un chevron combinant le blanc, le rose pâle et le bleu pâle du drapeau transgenre, plus le noir, qui rend visible les personnes vivant avec le VIH et honore celles mortes du sida, et le brun, qui affirme la place des personnes noires, autochtones et racisées.
D'où vient le drapeau intersexe jaune et violet ?
Il a été conçu en 2013 par Morgan Carpenter : un cercle violet sur fond jaune. Le jaune affirme l'autonomie et la visibilité, le violet l'intégrité et le potentiel des personnes intersexes, et le cercle évoque une totalité sans hiérarchie de genre. Il a ensuite été intégré au drapeau Intersex-Inclusive Progress Pride sous forme de triangle jaune et de cercle violet.
Faut-il dire « bispirituel » ou « Two-Spirit » en français ?
« Bispirituel » est employé en français canadien comme équivalent possible de Two-Spirit, mais il reste une traduction, pas une identité interchangeable dans tous les contextes. Certaines personnes autochtones préfèrent conserver le terme anglais pour marquer sa spécificité culturelle. Dans le doute, reprendre le terme employé par la personne ou l'organisme concerné reste la règle la plus sûre.