Ballroom et drag au Québec en 2026 : entretien avec Karine Delaunay

En bref : En bref, la scène ballroom et drag au Québec est active et en croissance en 2026, particulièrement à Montréal avec Ballroom 4 Community, la Montréal Kiki Ballroom Alliance et le Black Gxrl Sesh. Karine Delaunay y voit une culture née de communautés queer racisées qui allie kiki balls accessibles, voguing et maisons. L'histoire remonte aux années 1940 avec Guilda en 1955, Armand Monroe en 1959 et Mado Lamotte depuis 1987 au Cabaret Mado et au Café Cléopâtre. Les événements comme le Température Kiki Ball d'août 2025 et le Festival international du drag annoncent une belle année.

Portrait de Karine Delaunay, organisatrice de balls, lumière de scène teintée en arrière-plan
Karine Delaunay, Organisatrice de balls et fondatrice d'une maison ballroom montréalaise
Portrait de Karine Delaunay, Organisatrice de balls et fondatrice d'une maison ballroom montréalaise
Karine Delaunay
Organisatrice de balls et fondatrice d'une maison ballroom montréalaise — 12 ans dans la scène kiki ballroom
Karine Delaunay évolue depuis 12 ans dans la scène kiki ballroom montréalaise. Fondatrice d'une maison axée sur la solidarité et la transmission, elle organise balls, ateliers de voguing et participe au travail de Ballroom 4 Community et de la Montréal Kiki Ballroom Alliance. Passionnée par les racines de cette culture créée par des personnes queer racisées, elle œuvre à rendre les espaces accessibles et inclusifs dans le milieu communautaire montréalais.

Contexte de l'entretien

La scène ballroom et drag au Québec en 2026 est active, documentée et en pleine croissance, surtout à Montréal où elle combine maisons, kiki balls, voguing, cabarets historiques et festivals communautaires. Elle s'appuie sur une longue tradition tout en créant de nouveaux espaces de solidarité et de performance. Cette vitalité se manifeste par des activités organisées toute l'année par Ballroom 4 Community et la Montréal Kiki Ballroom Alliance, des kiki balls accessibles et des événements comme le Température Kiki Ball présenté en août 2025 dans le cadre des Jardins en cabaret du Quartier des spectacles. La culture ballroom, née dans des communautés queer racisées exclues des bals traditionnels, offre aujourd'hui des catégories de mode, beauté, présence scénique, danse et performance qui favorisent à la fois la compétition et la transmission.

Nous avons rencontré Karine Delaunay, organisatrice de balls et fondatrice d'une maison ballroom, pour qu'elle nous livre son regard terrain après 12 ans dans la scène kiki. L'entretien s'est déroulé dans un studio du milieu communautaire montréalais, entre deux répétitions de voguing. Karine nous a parlé avec chaleur et précision de l'évolution de cette culture, de son recoupement avec la drag montréalaise historique et des perspectives pour 2026. Elle a insisté sur le rôle central du Black Gxrl Sesh pour les personnes noires trans, queer et les femmes, sur l'importance des maisons comme familles choisies et sur la nécessité de bien distinguer ballroom et drag tout en reconnaissant leurs liens. Pour bien suivre toute la programmation LGBTQ+ cette année, le calendrier 2026 des événements LGBTQ+ au Québec par mois est un outil indispensable. L'échange a duré plus de deux heures et nous en ressortons avec une compréhension beaucoup plus fine des dynamiques actuelles.

L'entretien avec Karine Delaunay

Journaliste : Karine, où en est exactement la scène ballroom et drag au Québec en 2026 ?
Karine :

En 2026, la scène est active et documentée, surtout à Montréal. Ballroom 4 Community et la Montréal Kiki Ballroom Alliance diffusent constamment les informations sur les balls, les cours de voguing et les activités. On organise des kiki balls toute l'année parce que ce format est plus accessible que les grands balls traditionnels. Les catégories restent les mêmes : mode, beauté, performance et danse, mais l'accent est mis sur la participation, la transmission et le plaisir communautaire plutôt que sur la compétition pure. J'ai participé à l'organisation du Température Kiki Ball en août 2025 dans le cadre des Jardins en cabaret du Quartier des spectacles et c'était magnifique de voir autant de personnes de tous horizons découvrir le voguing dans un cadre extérieur et festif. La scène ballroom est en croissance constante selon les sources touristiques montréalaises. On sent une vraie maturité après des années de travail discret. Le Black Gxrl Sesh fait un travail essentiel avec des activités hebdomadaires destinées particulièrement aux personnes noires trans, queer et aux femmes. Ces espaces sont vitaux parce que la ballroom est née précisément de la nécessité pour les communautés queer racisées de créer leurs propres maisons et leurs propres règles après avoir été exclues ailleurs. Après 12 ans dans le milieu, je peux dire que les maisons offrent une forme de parenté choisie extrêmement puissante. Ma propre maison met l'accent sur l'accompagnement des plus jeunes et sur la préservation des techniques de voguing les plus authentiques. La drag et le ballroom se recoupent souvent dans les soirées, mais ils ne sont pas identiques : la drag est surtout liée aux spectacles et aux personnages, comme on le voit depuis longtemps au Cabaret Mado, alors que le ballroom est structuré autour des catégories, des houses et des balls.

Je suis très optimiste pour 2026. Les calendriers annoncent déjà plusieurs functions et ateliers. Il faut simplement continuer à documenter et à rendre tout cela visible pour que les personnes qui arrivent à Montréal ou qui vivent en région puissent trouver leur place rapidement.

Journaliste : Quelles sont les maisons et structures les plus actives présentement ?
Karine :

Les structures les mieux documentées sont la Montréal Kiki Ballroom Alliance qui agit comme un réseau d'information et de développement de la culture kiki, Ballroom 4 Community qui produit et relaie les balls et ateliers, et le Black Gxrl Sesh qui offre des espaces spécifiques pour les personnes noires trans, queer et les femmes. Pour ce qui est des maisons elles-mêmes, il est toujours préférable de vérifier les affiches des événements parce que les affiliations changent et que de nouvelles maisons émergent régulièrement. Ma maison, que j'ai fondée il y a une dizaine d'années, travaille en étroite collaboration avec ces collectifs. Nous organisons des séances ouvertes en studio, des entraînements de voguing et nous préparons collectivement les participant·es aux différentes catégories. Le piège fréquent est de penser que la ballroom se limite à Montréal : même si la concentration y est forte, les échanges avec la scène de Québec et de l'Estrie sont de plus en plus nombreux. Les maisons fonctionnent comme des familles choisies : on s'entraide, on se coache, on se protège. C'est une des beautés de cette culture. Après 12 ans, je vois clairement que les personnes qui s'impliquent dans une maison développent une confiance et une présence scénique qu'on ne retrouve pas toujours ailleurs. Les kiki balls sont particulièrement précieux parce qu'ils abaissent le seuil d'entrée tout en maintenant l'exigence artistique.

Journaliste : Pouvez-vous nous tracer l'histoire de la drag montréalaise que vous connaissez si bien ?
Karine :

L'histoire de la drag à Montréal est beaucoup plus ancienne qu'on le pense. Elle remonte au moins aux années 1940 avec des artistes afro-américaines comme Dick Montgomery, Malva Bolda et Billie McAllister qui se produisaient au Rockhead's Paradise dans la Petite-Bourgogne. Ensuite, Guilda a connu un succès majeur au Chez Paree en 1955 et a été présentée au Casa Loma en 1959. Armand Larrivée Monroe, lui, a commencé en 1958 au Tropical Room du Downbeat Club sur la rue Peel. Un moment historique s'est produit le 27 août 1959 lors de l'anniversaire d'Armand Monroe : c'est ce soir-là que les hommes ont été autorisés à danser ensemble à Montréal, un tournant majeur pour la vie nocturne gaie. Mado Lamotte est active depuis 1987 et reste une figure centrale avec son Cabaret Mado qui présente des spectacles pratiquement tous les soirs. Le Café Cléopâtre, ouvert comme bar à spectacles depuis les années 1890, occupe une place absolument particulière dans l'histoire des cabarets montréalais et continue d'accueillir des performances drag, burlesques, comiques et fétichistes. Ces lieux historiques comme le Bar Le Cocktail, le Sky, le Social Verdun avec sa soirée mensuelle Drop Drag Gorgeous animée par Misty Waterfalls, ou encore le Café Cléopâtre avec son Bareoke bimensuel, forment le tissu vivant de la scène drag montréalaise. Quand on travaille en ballroom, on porte cet héritage avec beaucoup de respect. Il y a une continuité entre ces artistes pionniers et les nouvelles générations qui font du voguing aujourd'hui.

Journaliste : Quelle est la place particulière du Café Cléopâtre dans cet écosystème ?
Karine :

Le Café Cléopâtre est vraiment un lieu mythique. Ouvert depuis les années 1890, il a traversé toutes les époques de la vie nocturne montréalaise. Aujourd'hui encore, il accueille des spectacles drag, burlesques et la fameuse soirée Bareoke qui combine karaoké et culture queer. C'est un endroit où les générations se croisent : les plus vieilles queens y racontent leurs souvenirs tandis que les plus jeunes viennent tester de nouveaux numéros. Dans mon travail de ballroom, j'envoie souvent des membres de ma maison performer ou simplement observer au Cléopâtre parce que c'est une école incomparable. Le lieu a survécu à toutes les transformations du Village et du centre-ville. Il représente cette résilience qui caractérise à la fois la drag et la ballroom. On y sent l'histoire dans les murs. C'est aussi un endroit où la drag plus traditionnelle et les approches plus contemporaines comme le voguing peuvent dialoguer. Plusieurs participants des kiki balls finissent par y présenter des performances. C'est un pont magnifique entre les différentes époques que j'évoquais tantôt, de Guilda jusqu'à aujourd'hui.

Journaliste : Parlez-nous du Température Kiki Ball et des événements à venir en 2025-2026.
Karine :

Le Température Kiki Ball que Ballroom 4 Community a présenté en août 2025 dans le cadre des Jardins en cabaret a été un moment fort. C'était gratuit et ouvert à tous, ce qui correspond parfaitement à l'esprit kiki : accessibilité, transmission et joie collective. Les catégories étaient adaptées au contexte extérieur tout en gardant l'essence de la ballroom. Pour 2026, les calendriers de la Montréal Kiki Ballroom Alliance et de Ballroom 4 Community annoncent déjà plusieurs balls, cours et functions. Le Festival international du drag de Montréal, créé en 2024, continue de prendre de l'ampleur et a déjà attiré des artistes de 15 pays selon les premières estimations. Ces événements sont cruciaux parce qu'ils permettent de faire rayonner la scène québécoise à l'international tout en attirant des talents d'ailleurs. À côté de cela, on continue les événements récurrents comme le ManSpread pour les drag kings, le Drop Drag Gorgeous au Social Verdun, le LuvHaus dans Hochelaga ou le Mec Plus Ultra sur le Plateau. Tous ces événements montrent que la scène ne se limite pas au Village. Le guide complet de Fierté Montréal 2026 inclura certainement plusieurs de ces activités. La clé est de maintenir cet équilibre entre grands festivals et petits événements communautaires intimes.

Journaliste : Comment la scène se développe-t-elle hors de Montréal ?
Karine :

La scène hors Montréal gagne en visibilité. À Québec, le collectif Les Reines du Faubourg organise des soirées mensuelles drag de grande qualité qui attirent un public fidèle. En Estrie, le Festival Drag de l'Estrie en était rendu à sa troisième édition en 2026, ce qui montre une belle continuité. Ces initiatives sont essentielles parce qu'elles permettent à des personnes qui ne peuvent pas toujours se rendre à Montréal d'avoir accès à cette culture. Plusieurs membres de ma maison viennent de régions et ils apportent ensuite ces apprentissages chez eux. La ballroom pure est encore très concentrée à Montréal, mais la drag se déploie magnifiquement en région. Pour celles et ceux qui planifient un séjour, préparer un voyage au Canada et au Québec en tenant compte de ces événements régionaux peut donner une expérience beaucoup plus riche. On sent une vraie volonté de décentralisation tout en gardant des liens forts avec la métropole. Les Reines du Faubourg et le Festival de l'Estrie sont des modèles inspirants.

Journaliste : Quelle est l'importance des maisons et du voguing dans cette culture ?
Karine :

Les maisons sont le cœur de la ballroom. Elles fonctionnent comme des familles choisies où l'on transmet le savoir, où l'on se soutient émotionnellement et artistiquement. Le voguing est bien plus qu'une danse : c'est un langage corporel qui raconte des histoires de résilience, de glamour et de combat. Après 12 ans, je continue d'être émue de voir quelqu'un maîtriser un duckwalk ou un catwalk après des mois d'entraînement. Les kiki balls permettent d'expérimenter ces techniques dans un cadre moins intimidant que les grands balls internationaux. On y apprend les cinq grandes catégories de base tout en développant sa propre signature. Le piège fréquent pour les nouveaux est de vouloir performer trop vite sans comprendre l'histoire et l'esprit communautaire. C'est pourquoi nous insistons beaucoup sur les ateliers et le mentorat au sein de la maison. Le voguing vient des communautés noires et latines queer de New York des années 1970-80 ; ici à Montréal on l'adapte avec respect tout en créant notre propre saveur québécoise.

Journaliste : Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui veut découvrir cette scène en 2026 ?
Karine :

Commencez par suivre les comptes de Ballroom 4 Community et de la Montréal Kiki Ballroom Alliance : ils annoncent tout. Assistez d'abord en tant que spectateur à un kiki ball pour bien comprendre l'énergie et les catégories. Ensuite, participez à un atelier de voguing, il y en a régulièrement. Si vous vous sentez interpellé, approchez une maison existante ou venez nous voir lors des événements ouverts. Pour les personnes en région, les lieux LGBTQ+ hors de Montréal comme Les Reines du Faubourg sont d'excellents points d'entrée. Venez avec une attitude d'humilité et d'apprentissage : la ballroom récompense celles et ceux qui respectent ses origines et sa communauté. Évitez de traiter ça comme un simple spectacle : c'est une culture vivante qui demande engagement et respect. Et surtout, amusez-vous. La joie est au centre de tout.

Une histoire riche de la drag montréalaise

L'histoire de la drag montréalaise est fascinante et trop peu connue. Elle commence au moins dans les années 1940 avec les performances d'artistes afro-américaines comme Dick Montgomery, Malva Bolda et Billie McAllister au Rockhead's Paradise, dans la Petite-Bourgogne. Ces spectacles ont posé les bases d'une scène nocturne audacieuse qui allait se développer pendant des décennies. En 1955, Guilda triomphe au Chez Paree, puis est présentée au Casa Loma en 1959. La même année, le 27 août 1959, lors de l'anniversaire d'Armand Larrivée Monroe qui avait commencé sa carrière en 1958 au Downbeat Club, les hommes obtiennent enfin le droit de danser ensemble. Ce moment marque un tournant majeur dans l'histoire de la vie gaie montréalaise.

Mado Lamotte prend la relève en 1987 et devient rapidement une institution. Son Cabaret Mado présente des spectacles presque quotidiennement et demeure un pilier de la scène contemporaine. Le Café Cléopâtre, dont l'activité cabaret remonte aux années 1890, continue d'être un lieu incontournable pour les performances drag, burlesques et alternatives. D'autres établissements comme le Bar Le Cocktail, le Sky et le Social Verdun avec sa soirée Drop Drag Gorgeous maintiennent cette tradition vivante. Comprendre cette lignée historique permet de mieux apprécier la scène ballroom actuelle qui, sans copier la drag, s'inscrit dans le même écosystème de résilience et de créativité queer.

Les pièges fréquents consistent à croire que tout a commencé avec les années 2000 ou avec l'émission RuPaul. En réalité, Montréal a une tradition continue depuis plus de 80 ans. Cette profondeur historique donne une légitimité et une épaisseur aux événements contemporains. Les nouvelles générations de performers ballroom ont tout intérêt à connaître ces pionniers pour éviter de réinventer la roue et pour honorer celles et ceux qui ont ouvert la voie dans des contextes souvent hostiles.

Danseur voguant sous les lumières colorées d'un lieu de spectacle montréalais
Le voguing demeure la discipline emblématique des balls québécois.

Maisons, voguing et kiki balls

La culture ballroom repose sur trois piliers : les maisons, le voguing et les balls. Les maisons fonctionnent comme des familles choisies qui offrent soutien, mentorat et transmission. La Montréal Kiki Ballroom Alliance et Ballroom 4 Community jouent un rôle central dans le développement de cette culture à Montréal. Le Black Gxrl Sesh complète cet écosystème en créant des espaces sécuritaires pour les personnes noires trans, queer et les femmes avec des séances ouvertes et des événements hebdomadaires.

Le voguing est une forme de danse et de performance qui simule les poses des mannequins tout en incorporant des mouvements dramatiques, des dips et des duckwalks. Les kiki balls sont des événements communautaires plus accessibles que les grands balls internationaux. Ils mettent l'accent sur l'apprentissage, la participation et le plaisir plutôt que sur la compétition féroce. Les catégories incluent généralement le mode, la beauté, la performance et la danse. Après 12 ans d'expérience, je peux affirmer que ces kiki balls sont les meilleurs endroits pour apprendre les bases sans pression excessive.

Un piège fréquent est de confondre ballroom et drag. La drag repose davantage sur la création de personnages et de numéros de spectacle, comme on en voit au Cabaret Mado ou au Café Cléopâtre. Le ballroom est une culture compétitive structurée autour de catégories précises, de juges et de houses. Les deux se nourrissent mutuellement, mais ils ont des codes distincts. Il est important de respecter ces différences pour bien s'intégrer dans chaque espace.

Les maisons permettent aussi de créer des liens intergénérationnels très forts. Les « mothers » et « fathers » guident les plus jeunes, leur apprennent l'histoire, les techniques et les valeurs communautaires. C'est cette dimension de parenté choisie qui rend la ballroom si puissante sur le plan humain, au-delà même de l'aspect performatif.

Les événements phares à surveiller en 2025-2026

Le Température Kiki Ball d'août 2025 a été un succès retentissant et annonce une programmation encore plus riche pour 2026. Ballroom 4 Community et la Montréal Kiki Ballroom Alliance continuent d'organiser des ateliers de voguing et des balls tout au long de l'année. Le Festival international du drag de Montréal, lancé en 2024, devrait poursuivre sur sa lancée après avoir accueilli des artistes de 15 pays et généré des retombées économiques importantes selon les premières évaluations.

Parmi les soirées récurrentes à ne pas manquer, on compte le Drop Drag Gorgeous au Social Verdun animé par Misty Waterfalls, le ManSpread pour les drag kings présenté par Charli Deville, le Bareoke bimensuel du Café Cléopâtre, le LuvHaus à Hochelaga et le Mec Plus Ultra sur le Plateau. Ces événements montrent que la vie queer déborde largement du Village traditionnel.

Pour les personnes qui souhaitent planifier leurs sorties, il est recommandé de suivre les communications officielles de la Montréal Kiki Ballroom Alliance plusieurs semaines à l'avance, car les dates de balls peuvent parfois changer selon les disponibilités des lieux. Les kiki balls sont généralement annoncés un mois à l'avance, ce qui laisse le temps de préparer une catégorie. L'important est de venir avec l'esprit ouvert et prêt à célébrer la communauté dans toute sa diversité.

Artiste drag en coulisses ajustant son costume miroitant devant un miroir
La drag montréalaise cultive une tradition qui remonte aux années 1940.

Le rayonnement hors de Montréal

La scène drag et ballroom se développe de belle façon en région. À Québec, Les Reines du Faubourg proposent des soirées mensuelles de grande qualité qui ont su fidéliser un public diversifié. En Estrie, le Festival Drag de l'Estrie a atteint sa troisième édition en 2026, signe d'une vitalité certaine. Ces initiatives permettent à des personnes vivant loin de Montréal d'avoir accès à des performances professionnelles et à une communauté vibrante.

Si vous désirez explorer les lieux LGBTQ+ hors de Montréal, ces deux pôles sont d'excellents points de départ. Plusieurs artistes montréalais se déplacent volontiers pour performer dans ces événements régionaux, ce qui crée des ponts précieux entre la métropole et le reste du Québec. La ballroom pure reste encore très montréalaise, mais la drag voyage beaucoup mieux et s'adapte aux réalités locales.

Ce décentralisation est saine pour l'ensemble de la communauté. Elle permet aussi à des personnes qui ne pourraient pas se permettre de fréquents voyages à Montréal de vivre des expériences significatives près de chez elles. Le travail accompli par Les Reines du Faubourg et par les organisateurs du Festival de l'Estrie mérite d'être salué et soutenu.

Comment s'initier à la scène ballroom et drag ?

La meilleure façon de découvrir la scène est d'abord d'observer. Assistez à un kiki ball ou à une soirée au Cabaret Mado, au Café Cléopâtre ou au Social Verdun sans pression de performer. Regardez les catégories, notez les codes de présentation et imprégnez-vous de l'énergie. Les ateliers de voguing organisés par Ballroom 4 Community ou la Montréal Kiki Ballroom Alliance sont également d'excellents points d'entrée.

Une fois que vous vous sentez à l'aise, approchez une maison ou un collectif. Expliquez votre intérêt et votre volonté d'apprendre. La plupart des organisateurs sont très ouverts aux nouveaux venus qui démontrent du respect pour l'histoire et la communauté. Évitez d'arriver en demandant immédiatement d'être jugé dans une catégorie ; prenez le temps d'apprendre les bases.

Préparez-vous à investir du temps : le voguing demande des mois de pratique pour atteindre un niveau respectable. Les kiki balls sont là précisément pour permettre cet apprentissage progressif. Lisez également sur l'histoire, de Guilda à Mado Lamotte en passant par les pionnières des années 1940. Cette connaissance vous permettra d'apprécier encore plus les performances contemporaines et d'éviter les maladresses culturelles.

Enfin, souvenez-vous que la ballroom est avant tout une culture de solidarité. Venez pour célébrer, apprendre et faire partie d'une communauté plutôt que pour simplement consommer un spectacle. Cette attitude est ce qui ouvre vraiment les portes.

Pour aller plus loin : le lexique pour comprendre le vocabulaire des fiertés.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un kiki ball et un ball traditionnel ?

Les kiki balls sont des événements communautaires plus accessibles, axés sur la transmission, la participation et le plaisir. Ils utilisent les mêmes catégories (mode, beauté, performance, danse) que les balls traditionnels, mais avec moins de pression compétitive. Ballroom 4 Community en a organisé un bel exemple avec le Température Kiki Ball en août 2025.

Qui sont les figures historiques importantes de la drag montréalaise ?

Parmi les pionniers, on compte Dick Montgomery, Malva Bolda et Billie McAllister dans les années 1940 au Rockhead's Paradise, Guilda qui triomphe en 1955, Armand Larrivée Monroe en 1958-1959, et Mado Lamotte active depuis 1987 au Cabaret Mado. Le Café Cléopâtre, depuis les années 1890, fait aussi partie de cette histoire.

Quels organismes soutiennent la scène ballroom à Montréal ?

Les principales structures sont Ballroom 4 Community, la Montréal Kiki Ballroom Alliance (Mtl-KBA) et le Black Gxrl Sesh. Elles diffusent les informations, organisent des balls, des ateliers de voguing et créent des espaces sécuritaires, particulièrement pour les personnes noires trans, queer et les femmes.

Le Festival international du drag de Montréal a-t-il un impact important ?

Oui. Créé en 2024, il a attiré des artistes de 15 pays selon les premières données et généré plusieurs millions de dollars de retombées économiques estimées. Il contribue à positionner Montréal comme une destination importante pour la culture drag internationale tout en stimulant l'économie locale.

Comment la culture ballroom diffère-t-elle de la scène drag traditionnelle ?

La drag est principalement associée à des spectacles et à la création de personnages, comme on le voit avec Mado Lamotte ou au Café Cléopâtre. Le ballroom repose sur des catégories compétitives, des maisons, la parenté choisie et le voguing. Les deux cultures se recoupent souvent mais demeurent distinctes dans leurs codes et leurs objectifs.